Selon le baromètre 2026 publié par la fondation Apprentis d'Auteuil, seuls 17 % des ménages ont fait un don au premier trimestre, contre 24 % deux ans plus tôt. La baisse touche particulièrement les hauts revenus. Inflation, tensions géopolitiques, coupes américaines dans l'aide internationale : un faisceau d'indicateurs mauvais converge sur les budgets des associations.
Quarante-cinq pour cent des Français disent qu'ils réduiront leurs dons si la situation géopolitique et économique se dégrade davantage. C'est l'un des chiffres les plus frappants du baromètre 2026 publié le 7 mai par la fondation Apprentis d'Auteuil sur la générosité des ménages. Et ce qui n'était jusqu'ici qu'une intention commence à se traduire dans les faits.
Le constat est direct. Entre janvier et mars 2026, seulement 17 % des ménages français ont versé de l'argent à une association. C'est moins qu'en 2025 (20 %) et nettement moins qu'en 2024 (24 %). En l'espace de deux ans, la part de ménages donateurs au premier trimestre a fondu de sept points. Une telle érosion, sur une fenêtre aussi courte, n'est pas une simple variation conjoncturelle.
Hauts revenus en repli : 41 % de donateurs au premier trimestre 2026
Le mouvement est encore plus prononcé dans le segment des hauts revenus, traditionnellement piliers du financement associatif. Au premier trimestre 2026, 41 % d'entre eux ont fait un chèque à un organisme caritatif, contre 56 % un an plus tôt — soit une chute de 15 points. La rupture est nette pour des structures qui dépendent fortement de ces dons importants pour boucler leur budget.
Les intentions affichées pour le reste de l'année ne sont guère plus rassurantes. En apparence, elles invitent pourtant à un certain optimisme : un Français sur deux et 76 % des hauts revenus prévoient de soutenir financièrement une association en 2026. Mais ces chiffres marquent une baisse sensible par rapport à 2025, où ils s'élevaient respectivement à 53 % et 83 %. Et 21 % des donateurs de l'an passé ayant l'intention de redonner cette année envisagent désormais des sommes plus modestes. « Les intentions de dons pour le reste de l'année sont également inquiétantes », alerte la fondation.
Pour comprendre cette inflexion, plusieurs facteurs convergent. La guerre en Iran et ses conséquences sur une bonne partie des économies mondiales nourrissent l'incertitude des ménages. La hausse persistante des prix grignote le pouvoir d'achat, en particulier celui des classes moyennes supérieures. Et la perspective d'une dégradation de la conjoncture pèse lourd : 42 % des donateurs maintiendraient leurs dons à l'identique en cas d'aggravation, et seulement 13 % les augmenteraient.
Les conséquences se mesurent déjà dans les bilans associatifs. Le montant moyen des dons est passé de 371 euros en 2023 à 364 euros en 2024, avant de s'effondrer à 336 euros en 2025. Soit une baisse de près de 10 % en deux exercices, qui se cumule avec l'érosion du nombre de donateurs. L'effet ciseaux est double et frappe simultanément la base et le ticket moyen.
Inflation, financements américains : un environnement durablement défavorable
Les organisations à vocation internationale subissent en plus une déstabilisation propre. Les coupes drastiques décidées dans le financement américain de l'aide humanitaire, qui pourraient causer plus de 14 millions de morts d'ici 2030 selon une étude récente, ont privé de nombreuses ONG d'une partie significative de leurs ressources. Un manque que la générosité privée française peut difficilement compenser, surtout en période de retrait.
Côté entreprises, autre levier traditionnel des associations, les arbitrages budgétaires se durcissent eux aussi. Le retour de l'inflation et la hausse des coûts de production ont conduit beaucoup d'employeurs à serrer leurs budgets de mécénat.
Du côté des causes que les Français entendent soutenir cette année, la santé et la recherche arrivent en tête (44 %), suivies de l'aide aux démunis (35 %), de la défense des animaux (26 %), du handicap (23 %) et de la jeunesse et de l'éducation (22 %). Cette dernière catégorie concerne directement la fondation Apprentis d'Auteuil, qui rappelle, à l'occasion de ses 160 ans, qu'un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté en France et que plus de 75 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire.





